Une Black-list du web à la française.

Je ne mâche pas mes mots : c’est la même démarche qu’en 40, lorsque le régime nazi brûlait les livres.

C’est donc en avril dernier que quatre professionnels de la politique ont pondu cette immonde proposition de loi. Grosso modo, elle permettrait d’établir une liste noire de site web. Ces sites seraient considérés comme dangereux, et par logique, ceux qui s’intéresseraient à ces contenus seraient eux aussi dangereux. A ce titre, la loi permettrait aux autorités de sanctionner les internautes qui entrent dans cette catégorie. Évidemment pour nous rassurer, le texte précise que si la consultation est justifiée (journalisme, investigation, etc..) le lecteur aurait un régime de faveur.
Selon les rédacteurs, le projet de loi est censé épurer notre vision du web du terrorisme. Mais ça, c’est au pays des bisounours …

Le terrorisme…

Le terrorisme remonte plus ou moins à l’origine de nos sociétés modernes. Ce n’est ni plus ni moins qu’une menace extérieure qui pèse sur un périmètre donné. Ce périmètre peut être politique, géographique, financier, etc …
Attentats, meurtres, sabotages et autres fantaisies diaboliques ont participé à la construction de l’Histoire. Ce n’est donc pas nouveau, et j’irai même jusqu’à dire que c’est un symptôme indestructible : s’il y a un pouvoir en place, il y aura toujours un contre-pouvoir. On pourra alors l’appeler de diverses manières selon le point de vue : rébellion, ennemi, terroriste ou autres… Je n’invente rien, ça fait au moins 2000 ans que c’est comme ça.

Je suis littéralement contre le terrorisme et ne suis pas lecteur de sites qui font l’apologie de la terreur. Si le concept même du terrorisme permet à certains de faire avancer leur cause (qu’elle soit fondée ou non), je ne pense pas que le résultat soit probant. Aucune faction, aucune nation ne peut véritablement s’épanouir en pratiquant ce genre de technique.

Alors pourquoi être contre ce genre de mesure ?

Pour plusieurs raisons :

Affaiblissement de notre libre arbitre.
Voir un film, lire un livre ou écouter une chanson ne me fait pas forcément aimer le sujet. Je n’aime pas la propagande que nous vomissent les médias classiques. Mais j’écoute certains sujets avec attentions et à plusieurs reprise pour analyser la véracité des infos. Je compare les médias entre eux. Je relis, réécoute, re-regarde, je partage… parce que je pense que c’est important de prendre le temps de se faire sa propre opinion en fonction de toutes les autres… TOUTES !
Si une black-list supprimait des sources d’informations, nous aurions alors moins de matière à comparer. Nos réflexions seraient amputées de certaines données non négligeables. Notre objectivité n’en serait que moins juste.

Repousser le problème sans le résoudre.
Ce genre de procédure, tout comme HADOPI, inciterait les utilisateurs de ces genres de réseaux à se terrer plus profondément dans la toile, et à user de stratagèmes non maîtrisés par les autorités. Ils seraient donc plus difficiles à traquer, et leurs activités n’en seraient que plus florissantes. Dans ce genre de cas, seuls les petits suspects seraient appréhendés, les vrais gros gibiers passeraient haut la main au travers des mailles du filet.
De plus, lire 20 fois un tutoriel sur « Comment fabriquer un explosif » ne fait pas de moi un meurtrier. Remettre en cause la présomption d’innocence, ce n’est quand même pas rien !… Ben oui, là on frôle presque le : « Tu y as pensé, alors t’es coupable même si t’as rien fait ».

Déroule le tapis rouge pour à la censure.
Outre le fait que je doute sérieusement de l’efficacité d’une pareille loi, le souci de son orientation idéologique me gène d’avantage.
Comment définir un site « dangereux » ? Quelles seraient les limites ? Qui va ériger cette black-list ? Qui contrôlera l’impartialité des concepteurs de cette liste ? Comment s’assurer qu’il n’y aura pas de dérives ou des conflits d’intérêts ?
L’histoire montre bien que la censure peut aller très loin, et très rapidement selon le comportement des personnes qui sont au pouvoir. Durant la Seconde Guerre mondiale, Hitler s’était servi de ce même type de censure pour faire brûler des ouvrages littéraires considérés comme « dangereux ». J’imagine que ces livres n’étaient bien évidement dangereux que pour le maintien de sa propre suprématie. Nous n’oublierons pas le sort réservé aux écrivains et aux lecteurs…

Bref, pour moi, « Censure » = DANGER.
De plus, il me semble qu’il existe déjà tout l’arsenal de lois nécessaires pour attraper terroristes sur le net. Je n’ai pas approfondi la question, mais avec le flot de lois sur le sujet qui sont tombées cette dernière décennie, les services policiers devraient avoir le champ relativement libre…

Qui opère en faveur de la censure ?

Pour cette loi, ce sont quatre personnages des rangs de l’UMP qui ont été à l’initiative de ce projet de loi. En même temps, rien d’étonnant… Mais loin de moi l’idée d’accabler un parti politique plus qu’un autre. Je trouve aujourd’hui qu’aucun ne vaut véritablement le coup. La problématique de ce sujet va bien au-delà des simples clivages entre partis politiques.

Afin de bien mémoriser qui sont les protagonistes, voici un petit trombinoscope :

Guillaume LARRIVÉÉric CIOTTIPhilippe GOUJONOlivier MARLEIX

Pour conclure

Encore une fois, on nous agite le drapeau du terrorisme pour faire passer des lois et des idées reçues plus que douteuses. Certes, cela pourrait permettre de traquer quelques bandits de grand chemin… Mais au final, même si en apparence ce projet loi se veut « pour le bien de tous », elle est une porte grande ouverte à la censure accrue.
Le fait est que les médias mainstream sont aujourd’hui majoritairement contrôlés par les grandes firmes de l’armement et de la chimie. Actuellement, les seuls canaux indépendants et sans conflit d’intérêts qui sont capables de toucher la population mondiale sont sur internet. La confiance que la population accorde à ces nouveaux journalistes libres (professionnels ou pas) ne cesse de croître. Le pouvoir en place voyant cela veut faire acte d’autorité en redirigeant nos esprits sur ce qu’ils considèrent comme « le bien », c’est-à-dire notre soumission envers les puissants politiques et financiers.
Concrètement, avec une loi pareille, les sites qui remettent en cause les actions et décisions de la classe dirigeante se verront fermés parce que considérés comme « dangereux » … pour eux !

Sources :
– www.assemblee-nationale.fr
– Proposition au format PDF

Laisser un commentaire